Cultures intermédiaires : tirez en profit


La réglementation impose désormais une couverture hivernale des sols en Zone Vulnérable (et autres cas particuliers), afin de limiter le lessivage des nitrates et lutter contre l’érosion des sols.
Pour l'hiver 2011/2012, sauf dérogations, cette couverture doit être présente sur 90 % des sols, et cela au minimum entre le 15 septembre et le 15 novembre.
Il est possible de répondre à cette exigence réglementaire et en même temps constituer des stocks fourragers, qui seront précieux pour compenser le déficit dû au printemps froid, puis sec.

Statégie à adopter selon les besoins : au choix ...


(source : équipe AgroPV)

L’objectif est l’implantation et le développement suffisant d’une culture intermédiaire pour piéger l’azote du sol présent entre la récolte du précédent et de début du drainage (15 novembre environ).
 
Le choix de l’espèce devra aussi prendre en compte sa facilité de destruction.
Dans cette situation, le recours à la moutarde est souvent la solution la plus commode et la moins chère (possibilité de semis à la volée) mais on peut aussi recourir à des céréales type avoine de printemps

Itinéraire technique implantation
(*) si l’outil de déchaumage utilisé ne peut pas travailler superficiellement, mieux vaut semer sur le déchaumage et rappuyer derrière.
MOUTARDEAVOINE
FAUX SEMIS 
Technique prioritaire si la parcelle possède un stock de graines d'adventices important. Dans cette situation, le semis du couvert peut être retardé.
Déchaumage avec semis simultané au semoir centrifuge (10 kg / ha).
Roulage.
ou
Semis au semoir centrifuge.
Déchaumage superficiel (*).
Roulage.
Semis à 60-80 kg/ha au semoir à engrais en damier.

Déchaumage.

Roulage.


Le roulage peut être facultatif en fonction du travail de rappuyage réalisé par l’outil de déchaumage.
 
Le coût des interventions spécifiques d’implantation (semis-déchaumage-roulage) se situe entre 20 et 30 euros.
 
Le semis devra être réalisé si possible avant la fin août pour assurer un développement suffisant au cours de l’automne. Par ailleurs, en semant tôt un couvert, on augmente ses chances que le couvert gel, le degré d'avancement de la végétation rendant le couvert plus gélif. Un semis très précoce pour de la moutarde peut conduire à une floraison anticipée et une absorption d’azote trop limitée dans le temps, ce qui ne permet pas de capter l'azote issu de la minéralisation automnale. Depuis peu les semencier commercialisent des moutardes "tardives" qui sont à privilégier en cas de semis avant le 1er septembre. Les céréales ont une capacité d’absorption plus faible que la moutarde et les crucifères en général.
Les légumineuses (à semer uniquement en mélange en l'absence de récolte) ont une réelle capacité d'absorption de l'azote du sol, en plus d'être capable de capter l'azote atmosphérioque. L'azote contenu par ces légumineuses est disponible en quantité significative (25 unités si production d'au moins 1,5 t de MS), sans toutefois permettre de fertiliser la culture suivante, loin de là. Les condition pour bénéficier de cet apport d'azote sont :
- Semer tôt car une légumineuse à besoin de plus de chaleur et d'ensoleillement que les crucifères et graminées pour se développer, donc en cas de semis tardif du couvert (au delà du 15-20 août) il y a un intérêt décroissant à semer de la légumineuse.
- Ne pas détruire tôt car l'azote pourrait être rapidement lessivé : ne pas détruire avant fin janvier

(Source : Réseaux d'Elevages de Normandie)

Le choix de l’espèce à implanter dépend à la fois de la date de semis, de la période d’utilisation souhaitée, et du type de sol

  • Pour une utilisation à l’automne
    Semer de mi-juillet à mi-août :
    - Graminées : avoine, moha en situation chaude et séchante, ray-grass d’Italie en situation pas trop chaude et terre profonde.
    - Légumineuses : vesce de printemps, vesce velue, trèfle d’Alexandrie, trèfle incarnat.
     
    Exemple d’association (20-25 kg/ha) :
    - Avoine diploïde (12-15 kg/ha + vesce de printemps (8-10 kg/ha),
    - Avoine diploïde (9-12 kg) + vesce de printemps (6-7 kg) + trèfle d’Alexandrie (5-6 kg),
    - Ray-grass d’Italie alternatif (11-14 kg) + trèfle d’Alexandrie (9-11 kg)
    - RGI (7-9 kg) + trèfle incarnat (6-8 kg) + vesce de printemps (7-9 kg).

  • Utilisation à l’automne et fin d’hiver – début de printemps : 
    Exemple :

    - Graminées : ray-grass d’Italie.
    - Légumineuses : trèfle incarnat, vesce

    Exemple d’association (20-25 kg/ha) :
    - RGI (7-9 kg) + trèfle incarnat (6-8 kg) + vesce (7-9 kg),
    - Seigle (12-15 kg) + vesce (8-10 kg).

  • Pour une utilisation en fin d’hiver, début de printemps :
    Le mélange RGI-trèfle, incarnat-vesce convient bien (éviter de semer le trèfle incarnat après le 15 septembre).
    Autre possibilité : seigle ou triticale pure ou associés à une vesce, association qui permet un semis tardif (jusqu’à début octobre).
    On peut également semer une crucifère fourragère, colza ou choux fourragers.

Implanter le plus tôt possible après récolte pour profiter de l’humidité résiduelle du sol.
Un déchaumage au plus près de la récolte permet aussi de limiter l’évaporation, et a de plus un effet « faux semis ». Il faut surtout éviter de semer trop profond (1 cm maxi), pour permettre une levée rapide.Répartir au maximum les graines (bottes des semoirs relevées…) et rouler sitôt le semis, pour activer la germination et permettre un enracinement rapide.
Surveiller les limaces, surtout si l’on souhaite garder le couvert plusieurs mois.

Des rendements de 2 à 4 t MS/ha à l’automne

Avec un semis début août, on peut compter sur un rendement sur pied de 2 à 4 t MS/ha l’automne.
Les cultures capables de passer l’hiver pourront donner encore 3 à 6 t MS/ha fin avril-début mai avant maïs.

Une exploitation par pâturage l’automne, ensilage ou enrubannage au printemps.

Dès que possible les cultures pourront être pâturées si le parcellaire le permet, à l’automne, en particulier pour les associations avec légumineuses, très riches en eau, ou à défaut, ensilées, ou enrubannées si le temps est favorable.
 
Pour les récoltes de fin d’hiver, début de printemps, l’ensilage sera privilégié afin de pouvoir semer un maïs début  mai.
Mieux vaut ne pas viser le rendement maximum du couvert pour ne pas trop pénaliser le maïs suivant.
 
Les Ray-Grass d’Italie et les seigles ont un effet asséchant qui peut pénaliser le maïs en cas de printemps sec, mais le rendement total maïs + couvert est généralement  supérieur à celui du maïs seul D’autres espèces pourraient avoir un effet moins négatif : en particulier les légumineuses.

Du fourrage pour un coût réduit :

Malgré le surcoût des semences (hors semences fermière ) et un soin plus important à l’implantation que pour  une moutarde , le prix de revient du fourrage pâturé à l’automne, ou récolté au printemps reste raisonnable : 20 €/t MS pour un pâturage à 50 €/t MS en ensilage d’après une étude conduite en 2009 par la Chambre d’Agriculture de Seine-Maritime.


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Tirer avantage des CIPAN à l'échelle de la rotation


(*) CIPAN : culture Intermédiaire Piège à Nitrates.

Les objectifs, en plus du piégeage des nitrates, seront une bonne couverture de sol (avantageux par rapport au salissement de parcelles), des enracinements variés qui explorent une grande partie du sol, une production importante de biomasse pour de la matière organique fraîche dans la rotation, introduction de légumineuses dans la rotation via le couvert pour diminuer l'apport d'azote sur les cultures suivantes.
 
Dans ce cas, les mélanges d’espèces différentes sont intéressants en vue de cumuler les facteurs favorables de chacune et de casser les cycles des maladies.
Exemple : Phacélie – Radis – tournesol – pois
 
Par contre le semis est nécessairement réalisé avec combiné de semis ou semoir pour semis direct (coût d’implantation de 50 à 60 €/ha) ; la destruction de certaines espèces peut être difficile (radis) ; l’équilibre du couvert entre espèces est parfois délicat à réaliser.

Pour tirer un avantage du couvert il faut si possible le semer avant le 1er septembre et idéalement autour du 15 août. Ce sont les conditions climatiques après le semis et le degré d’humidité des sols qui conditionneront la bonne levée du couvert et son développement.
 
Il est important de noter qu’un couvert ne permettra pas de « restructurer » le sol. S’il va permettre de maintenir un bon état structural du sol dans les 30 premiers centimètres (très intéressant dans les sols qui prennent facilement en masse), il est rare voire exceptionnel de rattraper une semelle de labour ou des zones très tassées. En effet, la courte présence du couvert et son développement racinaire limité ne le permettent pas.

Faut-il implanter un couvert avant une culture d’automne ?


C’est envisageable entre deux blés par exemple pour « couper » la rotation (choix d’un couvert de  crucifères par exemple). La principale difficulté est la durée très courte de l’interculture qui implique un semis immédiat après récolte pour obtenir un développement du couvert ; le recours aux faux semis pour gérer le désherbage est alors impossible de même que la lutte contre les vivaces réalisée généralement sur cette période.
La destruction se fera nécessairement très proche du semis de la culture suivante. En système classique, la gestion d’un volume de végétation important peut être délicate et pénaliser l’implantation à suivre. Cette technique sera donc plutôt réservée à des implantations en semis direct avec des matériels permettant de semer dans des résidus importants.

Comment implanter des couverts dans la rotation maïs/maïs ?


Pour le moment, la réglementation n’impose rien dans ce cas (sauf cas particulier), hormis un broyage fin des résidus, ou tout au moins leur enfouissement superficiel dans le cas du maïs grain.
Le semis d'un couvert est obligatoire en monoculture de maïs ensilage, dans les 15 jours suivant l'ensilage.
Mais, seul le semis sous couvert permet d’obtenir des résultats satisfaisants en terme de piégeage d’azote et de développement du couvert. La technique consiste à semer du RGI au stade 6/8 feuilles du maïs lors d’une intervention de désherbage mécanique (bineuse associée à un semoir centrifuge à l’avant du tracteur). Le RGI végète jusqu’à la récolte puis se développe rapidement après l ‘ensilage.

Et la destruction du piège à nitrates ?


Le maintien en place d’un couvert n’a plus d’effet sur les pertes en nitrates à partir du 15 novembre. A partir de cette date, la destruction doit intervenir au moins 6 semaines avant l’implantation de la culture suivante. Le couvert peut donc rester en place jusqu’au mois de février, avant un semis de maïs. Attention toutefois aux parcelles qui sont difficilement praticables au printemps : pour celles-ci, la destruction doit intervenir dès que possible à partir du 15 novembre.
 
En cas de couvert très développé et technique d’implantation classique, un broyage est  généralement nécessaire pour faciliter la dégradation des tissus végétaux, leur attaque par les micro-organismes et leur incorporation au sol.
 
Sur couvert moins développé, il suffit de faire un désherbage systémique, ou une destruction mécanique par passage d’un outil de déchaumage. Dans ce dernier cas, attention au respect de la structure du sol !
 
Le choix d’espèces gélives est un bon moyen d’éviter toute intervention spécifique de destruction.


Les cultures intermédiaires avec légumineuses : quelle efficacité ?

L’association de légumineuses dans les CIPAN (Cultures Intermédiaires Pièges à Nitrates) est une pratique en vogue, pour enrichir le sol ou ajouter de la valeur à une culture dérobée. Pour mieux connaître l’intérêt de ces différents couverts, les Chambres d’agriculture de Normandie suivent une série d’essais depuis l’été 2010.



Mise à jour par Pierig LEJEUNE (unité agronomie - productions végétales).

Bénéficiez des premiers résultats.
(article paru dans l'Agriculteur Normand ; juin 2011)


Contacts


Unité Agronomie - Productions
végétales

Xavier GOUTTE  -  Tél. : 02 33 31 49 51
Bénédicte BAZANTAY - Tél. : 02 33 62 28 88
Loïc DEVEYER - Tél. : 02 33 31 49 13
Gilles LORPIN - Tél. : 02 33 85 34 42
Michel HARIVEL - Tél : 02 33 31 49 52
Michaël LEFLOCH - Tél. : 02 33 81 77 88
Vincent SIX  -  Tél. : 02 33 81 77 87
Régis VECRIN  -  Tél. : 02 33 81 77 95


Spécialistes élevage

Thierry JEULIN (lait) - Tél. : 02 33 31 49 54

Patrick CARTOUX  - (Viande bovine) 
- Tél. : 02 33 31 48 17

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Haies, jachères, bandes enherbées, mares, prairies, champs cultivés… la biodiversité est partout et fait partie intégrante du quotidien des agriculteurs.  10/11/2011